Le Grand Prieuré de Russie

Constitué en 1798, le Grand Prieuré de Russie de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (Ordre qui fut communément appelé Ordre de Malte depuis son implantation dans cette île), a choisi de s’ouvrir et de développer ses activités caritatives et humanitaires sous la bienveillance des Eglises chrétiennes.

Aujourd’hui, l’Ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem compte plusieurs « rameaux » historiques de différentes confessions, comme l’Ordre de Malte (catholique romain), le Grand Baillage de Brandebourg (allemand) et les Ordres de Saint-Jean néerlandais et suédois (protestants), le Très Vénérable Ordre de l’Hôpital de Saint Jean de Jérusalem (anglican), le Grand Prieuré Russe de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (orthodoxe mais admettant des catholiques, des protestant et des anglicans).

Autrefois exclusivement réservé aux familles nobles, le Grand Prieuré Russe (G.P.R.) accueille également de nos jours des hommes et des femmes de Foi ayant prouvé par la noblesse de leur conduite et de leur dévouement qu’ils sont prêts à embrasser dans leur vie quotidienne les préceptes de la chevalerie chrétienne.

Le prestige du Grand Prieuré Russe qui auréole son histoire ainsi que la qualité de son recrutement devraient le mettre au premier rang de cette Institution. Le G.P.R. œuvre, selon la devise multiséculaire de l’Ordre : « Pro Fide - Pro Utilitate Hominum (pour la Foi - pour être utile aux hommes) ».

L’Ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem

Dès 1048, à Jérusalem, grâce à l’initiative de marchands amalfitains (côte italienne au sud de Naples) une communauté religieuse desservait l’église Sainte-Marie-Latine et administrait un hôpital situé dans la ville sainte en faveur des pèlerins.

A la suite de la conquête de Jérusalem en 1099, le bienheureux Gérard de Martigues connu aussi sous le nom de Gérard Tenque, alors à la tête de l’ensemble de ces institutions, fonda à partir de l’hôpital et des hospitaliers l’Ordre de Saint-Jean-Baptiste-de-Jérusalem, approuvé par le Pape Pascal II en 1113. Quelques années plus tard, son Grand Maître Raymond du Puy lui donna son caractère d’Ordre religieux et chevaleresque, ce qui fut confirmé par le pape Calixte II en 1120, qui le reconnaissait comme Ordre souverain religieux, militaire et hospitalier. Celui-ci assuma simultanément les soins et la défense militaire des malades et des pèlerins dans les territoires chrétiens repris aux musulmans. Les chevaliers étaient des moines-soldats qui prononçaient leurs vœux monastiques en plus de leur engagement chevaleresque.

A la chute de Saint-Jean d’Acre en 1291, dernier bastion de la chrétienté en Terre Sainte, l’Ordre dut s’établir à Chypre, puis, compte tenu de la menace turque, les chevaliers firent la conquête de l’île de Rhodes en 1310 (on les surnomma alors les Chevaliers de Rhodes). Après avoir été contraints de céder cette île au terme d’un siège héroïque face à Soliman le Magnifique en 1522, les chevaliers devinrent les « Chevaliers de Malte », lorsque Charles-Quint en sa qualité de roi de Sicile leur céda cette île stratégique en 1530.

Les chevaliers de Malte surent constituer une puissante flotte qui sécurisait la Méditerranée et repoussait les invasions turques (victoires de la Valette en 1565 et de Lépante en 1571).

L’Ordre exerça une grande influence en Europe sur le plan militaire et politique jusqu’à l’arrivée de Bonaparte.

L’Empereur de Russie Paul Ier, Protecteur puis Grand Maître

Le 12 juin 1798, Bonaparte en route pour l’Egypte, s’empara de l’île de Malte. Il en expulsa l’Ordre. Les chevaliers, indignés de la capitulation de leur Grand Maître Ferdinand von Hompesh, le déposèrent et quelques deux-cent chevaliers trouvèrent refuge auprès du Tsar Paul Ier, chevalier et Protecteur de l’Ordre depuis 1797, qu’ils élurent 72ème Grand Maître le 27 octobre 1798. Le Tsar accepta cette dignité et fut revêtu des insignes des Grands Maîtres de l’Ordre le 29 novembre 1798. Cette élection fut, dans un premier temps, acceptée par le Pape. Elle fut aussi reconnue par une majorité de cours européennes.

Les 29 novembre et 28 décembre 1798, Paul Ier créa un Grand Prieuré de Russie pour ses sujets orthodoxes qui s’ajouta à la branche russe catholique existant en Russie depuis la Convention qu’il avait signée le 4 janvier 1797 à Saint-Pétersbourg avec le Grand Maître de l’Ordre François de Rohan, portant création « pour toujours » (littéralement, en russe « pour les temps éternels ») d’un Grand Prieuré de Malte en Russie. Dès cette époque, ce Grand Prieuré Russe reçut en son sein de nombreux gentilshommes russes orthodoxes mais aussi des sujets catholiques romains, surtout polonais et quelques protestants. En effet, il était, selon la volonté du Tsar - véritable précurseur à ce titre – mixte et ouvert à toutes les personnes jugées dignes d’y être admis sans distinction de nationalité, de confession et de classe sociale.

Le 21 juillet 1799, afin d’assurer la pérennité de l’Ordre quelque soit les vicissitudes de l’Histoire, le Tsar Paul Ier institua « partout et à jamais» vingt et un « Commandeurs de familles » héréditaires choisis dans les plus illustres familles de la noblesse russe auxquelles son fils, le Tsar Alexandre Ier, en ajouta deux autres. Ces vingt-trois Commanderies héréditaires constituèrent la véritable colonne vertébrale du Grand Prieuré Russe, qui en fonde et transmet, aujourd’hui comme hier, la légitimité à la fois historique et juridique.

Ces caractères font ainsi de ce Grand Prieuré, depuis sa fondation, un Ordre spécialement russe de Saint-Jean-de-Jérusalem.

En 1800, le Grand Prieuré Russe comptait quelques quatre-cent chevaliers et dames (de son côté le Grand Prieuré Catholique n’en comptait que deux-cent).

Les Tsars successifs ont toujours reconnu et maintenu le Grand Prieuré Russe jusqu’au Tsar Nicolas II lui-même qui fut reçu bailli grand-croix ainsi que la Tsarine Alexandra et les oncles du Tsar, les grands-ducs Serge et Paul.

Depuis la Révolution de 1917, l’assassinat du Tsar Nicolas, de la Tsarine Alexandra et de leurs enfants ainsi que l’exil des familles des Commandeurs héréditaires, le Grand Prieuré Russe a été maintenu et confirmé par ces derniers et leurs descendants qui poursuivent la mission assignée à leurs familles par Paul Ier : en France, en 1928, 1955, 1977, 2004, 2006.

Aujourd’hui, sous la gouvernance de son Grand Prieur, S.E. le comte Pierre Cheremetieff et de son Lieutenant Grand-prieur, S.E. le Prince Stéphane Belosselsky Belozersky, tous deux de la dynastie rourikide qui régna sur la Russie pendant près de mille ans, le G.P.R. rassemble environ 200 chevaliers, dames et donats répartis en France, en Italie, au Canada et aux Etats-Unis d'Amérique.

Le Grand Prieuré de Russie ne s’affirme pas comme un Ordre indépendant et reconnaît le seul Grand Magister authentique à l’Ordre de Malte.

Œuvres Hospitalières

Au sein de chaque Prieuré national, une structure complémentaire s’ajoute à la structure chevaleresque dénommée Œuvres Hospitalières de l’Ordre, structure qui opère de façon autonome et distincte dans la poursuite d’œuvres caritatives mais sous le contrôle du Prieuré national.

De nombreux bénévoles ou amis qui ne souhaitent pas nécessairement faire partie de l’Ordre sont ainsi invités à participer à divers projets philanthropiques en partenariat avec les chevaliers et dames.